Un sujet que les gens n'aiment pas beaucoup aborder. Il n'est, en effet, pas forcément évident d'évoquer sa mort, ni celle des autres. J'ai moi même, je vous l'avoue, un rapport très difficile avec elle. C'est ce qui fait que cet article a justement lieu d'être. Lorsqu'on veut avancer dans sa spiritualité, la mort est, il me semble en tout cas, un sujet sur lequel il faut réfléchir, car elle est incontournable. Beaucoup ne le réalisent pas, parce que savoir les choses ne veut pas dire les réaliser véritablement, mais pourtant : Nous allons tous mourir un jour. 

Petite parenthèse personnelle mais nécessaire.

L'envie d'écrire cet article existe depuis longtemps, parce qu'il y a eu de nombreux décès, dans ma petite vie. Que ce soit de maladies, des suicides (un article sur le suicide, ici), des accidents... Et un décès, vraiment tout récent. J'ai été vraiment mal, au point de devoir partir quelques jours chez ma meilleure amie, jamais ça n'était arrivé. Je dois soutenir ma fille aussi dans son deuil, et je crois que sa souffrance est ce qui m'anéanti le plus, bien que le décès en lui même le fasse. Je me suis donc dit que cet article, il était temps de l'écrire.
Il n'est question que de moi et mon parcours ici, parce que je ne peux pas parler au nom des autres, cet article est écrit avec mes sentiments à moi, mes compréhensions, et surtout, mes croyances qui restent au rang de croyances, dans mon esprit. Je ne suis qu'une humaine et je ne prétends pas ici avoir absolument raison sur ce sujet, ma condition, je pense, ne me le permet pas.
Je veux juste partager quelque chose, et si vous ne partagez pas mon avis, ce que je comprendrais tout à fait puisque votre vécu est différent, les commentaires sont là pour vous exprimer, je serai ravie d'en discuter avec vous. 

A vrai dire, je ne saurais dire qui a raison ou tord sur ce sujet. Les facteurs qui construisent notre avis sur ce point sont vastes, et surtout, très puissants. La culture joue un rôle très important, l'éducation, la religion ou autres croyances, notre état, aussi. Une personne malade ne verra évidemment pas la mort de la même façon que ceux qui ne le sont pas. Elle pensera avoir un certain recul, une certaine conscience, de part sa situation, au même titre que je pense en avoir par rapport à la mienne, que Roger pense en avoir par rapport à la sienne, qui est encore autre. Je ne crois pas qu'on puisse parler de "tord" ou de "raison". Je pense qu'il faut tenir compte du vécu de chacun, et faire preuve de compréhension, parce que ce vécu explique ce point de vue. Et n'oublions pas que La Vérité.... Vous savez, ce truc que nous n'atteindrons peut être jamais.

Si des gens sont "épargnés" durant leur jeunes années, ça n'a pas été mon cas. Lorsque j'étais très petite, mon père m'a prise sur ses genoux pour me dire qu'il avait un cancer du sang et qu'il allait sûrement partir. Il m'a dit que je ne devais pas être triste ni pleurer, qu'il allait se battre mais ne pouvait rien me promettre. Alors je n'ai pas pleuré, malgré ma peur. Parce qu'il me l'avait demandé. Mais chaque fois qu'il se rendait à l'hôpital pour recevoir ses soins, je lui donnais un bonbon qu'il devait donner au médecin. Une façon pour la petite fille que j'étais d'encourager le médecin à donner le meilleur de lui même pour guérir mon papa. J'ai essayé de soudoyer un médecin avec des Krema. J'ai appris plus tard que mon père les mangeait, ça m'a toujours fait sourire. Il s'en est sorti. Et a aussi traversé bien d'autres soucis graves, qui auraient pu le tuer, mais il est toujours là. Mon Père, cette Montagne. 
Les choses se sont succédées. Une amie que j'ai vu décliner à cause d'un cancer, supporter les soins pour finir par partir. Et dernièrement.... Un homme que j'ai aimé et respecté, qui a trouvé un soulagement dans la mort. Je ne vais pas tout citer car je ne crois pas que ce soit utile. Vous voyez où je veux en venir.

La mort, cette douleur, ce trauma, cette chose qui arrache le coeur, vous laisse ce sentiment vif et violent d'amputation, vous coupe la respiration. On se dit qu'on ne se relèvera jamais. Malgré la douleur que ça provoque chez moi, malgré ce rapport difficile que j'ai avec elle, je me bats contre moi même et ma vision des choses. Elle est due à ma condition humaine et à ma culture. Mais, pour avancer, j'estime que je dois me faire violence et avoir, autant que possible en tout cas, une vue équilibrée des choses.

La mort est une fin, certes. Mais pas LA fin, en tout cas, je ne le crois pas. La mort est une étape, celle qui fait que nous passons du matériel au spirituel. Avoir un corps, vivre ici bas, connaître le physique mêlé au spirituel, pour devoir vivre ce détachement total de la matière, afin de continuer le parcours en tant qu'esprit. Selon moi, c'est simplement vivre les deux conditions qui se côtoient, qui sont, à elles deux, notre condition en tant qu'humain. Nous sommes les deux, il me paraît donc logique de vivre les deux, afin de comprendre et avancer. C'est aussi pour ça que je crois en la réincarnation, car il me parait logique, étant donné notre condition, la difficulté et la lenteur qu'elle provoque, que nous ayons besoin de plusieurs vies pour atteindre un haut niveau de conscience, de spiritualité (et je suis pas rendue en plus de galérer, si vous saviez). Mais comme dit, ce sont mes croyances, et je les laisse à ce rang, je n'ai la preuve de rien du tout. 
Ensuite, je ne crois pas que nous allons tous au même rythme. Je suis assez ulcérée lorsque je lis des gens prendre la conscience qu'on les autres de leur propre élévation spirituelle comme de la prétention et s'en moquer, ce qui est à mon sens, une manifestation justement assez claire d'un manque certain de spiritualité, autant que d'intelligence et de réflexion. Il n'y a rien de prétentieux dans le fait d'avoir conscience de son élévation, peu importe son niveau. C'est la conscience d'un potentiel, d'un acquis comme un autre, avec bien entendu, et c'est impératif, la conscience que nous ne sommes pas arrivés et que peut être, nous n'arriverons jamais car nous ne savons rien de façon véritable. Il ne faut pas confondre prétention et conscience, les deux n'ont rien en commun et ne sont pas liés. La conscience empêche justement la prétention, puisqu'elle est, par nature, équilibrée, sinon, elle devient de l'inconscience. L'égo sur-dimensionné n'a pas sa place en matière de spiritualité, ni en ésotérisme au sens large. Il est un barrage à faire tomber impérativement, sous peine de stagner indéfiniment, avec pour seule compagne, l'illusion d'avancer. Nous n'allons pas tous au même rythme, et ça n'a rien de grave. Ni de le vivre, ni de le dire, ni de l'entendre. Seule l'envie sincère d'évoluer compte. La non acceptation de l'élévation des autres est en soi un barrage à notre propre élévation, puisque dans notre esprit, cette élévation n'est pas possible, ou en tout cas, on est assez sympathique et donc élevé, pour ne pas l'accorder à un type de personne, au nom de je ne sais quoi, qui ne tient souvent, même pas debout. 
Ces rythmes divers dans les avancées, expliquent selon moi bien des choses, bien des comportements. Ils expliquent l'état de notre monde. Les comportements violents et gratuits, ceux qui luttent contre, en nous sortant des phrases qui nous laissent bouche bée, tant elles nous paraissent évidentes, logiques. Et même, nous apparaissent comme des vérités absolues.  

Je m'efforce de la voir comme ça. Une étape, qui n'est douloureuse qu'à cause de ma condition, de ma culture. A cause de ma condition, je voudrais garder les gens avec moi et c'est égoïste. Un égoïsme compréhensible, mais s'en est tout de même que de vouloir garder les gens et refuser de les laisser partir, ce qui consiste au final à les empêcher d'avancer. Le deuil est une étape complexe. Je suis admirative de la façon dont ma fille, qui n'a que 10 ans, vit ses deuils. Elle le vit avec générosité, tient compte de la volonté du défunt, au fait que c'est son avancée en tant qu'humain, et s'accroche même à ça. Nos longues conversations sur la mort et les esprits semblent l'avoir aidée. Elle est, au final, plus forte que moi.
Je pense que si j'avais eu la chance qu'on m'explique à moi aussi, au lieu que je sois contrainte de tout apprendre et comprendre toute seule, j'aurais pu mieux vivre cette étape incontournable qu'est la mort une fois adulte. 

Avec le décès des gens malades qui m'entouraient, j'ai eu à réfléchir aussi par rapport à ça. J'ai même réfléchi à ma propre mort, pour des raisons que je n'évoquerai pas. Leurs visions des choses est souvent que les autres vont les enterrer, qu'ils vont partir les premiers, forcément. Mais c'est faux, selon moi. 

La mort est notre compagne, qu'on le veuille ou non. Elle est partout. Derrière chaque portes et fenêtres, à chaque coins de rues, dans chaque gares. Elle plane, et emportera chacun de nous. Peu importe la façon dont elle le fera, elle le fera. 
J'ai simplement conscience que je peux mourir demain, ou même tout à l'heure. Parce que c'est une réalité. Je suis, de part ma condition, exposée à elle, quoi que je fasse ou veuille.
En plus, je ne m'aide pas. J'ai deux mains gauches et ne fais gaffe à rien, alors me vautrer lamentablement dans ma baignoire au point de ne jamais me relever est une probabilité non négligeable. 
Partant de ce fait simple, je ne crois jamais que quelqu'un de malade va forcément mourir avant moi. Parce que, selon les faits, ce n'est pas une réalité, c'est une pensée, voire parfois une conviction, engendrée par la maladie, ce que je comprends tout à fait. Elle est une influence, comme l'est la culture, l'éducation, la religion. Elles sont certes différentes, mais restent des influences, compréhensibles, sur un jugement. 
J'ai vu mon amie cesser de faire des projets, repousser des gens. Même moi, qui était pourtant une des rares à l'accepter telle qu'elle était, avec ses formidables travers. Se sentant partir, elle m'a rejetée. Elle pensait être égoïste de m'imposer sa maladie et sa mort. Mais ce qui a été le plus égoïste en réalité, à mes yeux, c'est de me priver d'elle, me priver de mon libre arbitre, de mon choix légitime de vouloir l'accompagner. Elle a choisi pour moi, à ma place, et même si je comprends ce qu'elle a ressenti, elle n'avait pourtant pas ce droit. C'est tout aussi égoïste, mais elle ne l'avait pas compris. La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Peu de gens, en réalité, comprennent la lourde portée de cette phrase. 

Alors.... Si on vivait ? Peut être à demain. 

citrouille14